- La situation actuelle
Le prix du lait, stable à environ 30 cents depuis des années s’est élevé à 40 cents en 2007 pour retomber depuis à environ 20 cents.
Le prix de revient soit : charges variables (aliments, engrais, carburants,….) + charges de structure (soit grosso modo le remboursement des crédits d’investissement en matériel, bâtiments,…..) s’élève en moyenne à environ 30 cents.
Dans ces conditions, l’agriculteur de 40 ans qui finance encore le rachat (élevé !) de son quota ainsi que sa coûteuse mise aux normes accumule retards fournisseurs et bancaires. L’exploitant en fin de carrière s’inquiète moins du fait qu’il ne gagne plus rien que de la réalité qui a réduit la valeur de sa ferme de 50% en un an. (pour autant qu’il trouve un repreneur).
Le désespoir est donc grand ! S’il est indispensable de réfléchir dès maintenant à des solutions à long terme, il est aussi urgent de trouver une solution à court terme. En effet dans le contexte actuel de crise globale, les fournisseurs ne peuvent se permettre de tolérer encore longtemps une hausse de leurs encours clients sous peine de connaitre eux-mêmes des difficultés financières. Beaucoup d’agriculteurs pensent ne plus pouvoir tenir plus de 2 mois avec un lait à ce prix !!!!!!!
- Les origines de la crise
Jusqu’il y a quelques années, le secteur laitier, dans le cadre de la PAC était organisé par l’UE dans un régime qui garantissait aux producteurs un prix constant et correct et aux consommateurs un prix correct ainsi qu’une qualité irréprochable.
Ce régime reposait sur plusieurs mécanismes :
- taxes à l’importation (pour empêcher le lait étranger à bas prix de rentrer)
- prix d’intervention (pour fixer un plancher de prix)
- stockage (pour faire face aux fluctuations de la consommation, la production étant quant à elle difficile à réguler à court terme (il faut 3 ans pour faire une vache laitière et une fois en production, il est impossible de « fermer le robinet »)
- quotas : pour dans le cadre d’une vision à long terme, équilibrer production et consommation au sein de l’UE.
L’UE a pris la décision de considérer les produits agricoles comme des denrées « non stratégiques » dans le cadre des négociations de l’OMC.
Dans un modèle libre-échange, le régime ci-dessus ne convenait pas : seuls les quotas subsistent encore.
Aujourd’hui, la production européenne n’est pas supérieure à celle du passé mais la consommation mondiale a régressé : ce léger surplus de production entraine une pression très forte sur les prix.
D’autres éléments que la baisse du prix du lait sont à prendre en compte, ils ont affecté le prix de revient, accentuant d’autant plus les pertes des exploitations :
- investissements obligatoires dans le cadre de la mise aux normes
- forte hausse du prix des intrants (engrais, aliments, carburants,….) surtout en 2008
- pression de l’aval pour que les exploitations atteignent une taille critique et donc achat de quotas à des prix élevés (jusque 1 eur par litre)
Il faut aussi signaler que l’année 2007 (quand le lait était à 40 cents) a fait des dégats :
- L’optimisme de certains a entrainé des investissements impulsifs et une hausse du prix des quotas,…..
- perte par l’industrie de certains marchés (alimentation des veaux,….) au prix de produits de substitutions. Malgré les prix bas actuels, certains marchés n’ont pas été regagnés car les industriels craignent une nouvelle flambée des prix.
Outre ces éléments caractéristiques de l’ensemble de l’UE, la RW présente quelques éléments supplémentaires qui ont accentué la crise :
- industrie laitière avec une faible VA produisant principalement du beurre et de la poudre de lait, produits les plus touchés par la fin des mécanismes de régulation => forte fragilité financière de cette industrie
- Marché des quotas quasi libéralisé et prix élevé de ceux-ci
- Foncier en général cher
- Taille moyenne des producteurs faible => coûts de ramassages élevés
- Les conséquences de la crise si rien ne change
- Disparition des exploitations les plus faibles financièrement (pas nécessairement les plus petites)
- Baisse inéluctable de la production
Et à un moment ou un autre, quand la consommation dépassera la production : pénurie de lait et hausse vertigineuse des prix, la production après 2-3 ans repartira à la hausse et le cycle recommencera.
Les victimes de cette crise seront d’abord les agriculteurs mais aussi les consommateurs.
Il est vital de garantir aux consommateurs un approvisionnement en produits de base en quantité, de qualité et à des prix corrects.
- Les solutions à long terme
La mise en place d’une solution à long terme est complexe et prendra du temps (trop pour beaucoup d’exploitations). Il nous semble cependant que cette solution durable doit s’appuyer sur 3 éléments :
· La prise de conscience que les produits agricoles sont des produits stratégiques : assurer le prix juste à nos producteurs c’est garantir l’indépendance alimentaire et la qualité – sanitaire, sociale et environnementale - de l’alimentation de notre société
· La nécessaire auto limitation du secteur lui-même
· Le grand partenariat « producteur –consommateur » : le premier s’engageant à ne jamais dépasser un prix plafond, le second s’engageant à n’acheter que des produits où un prix décent est payé au producteur
· Dans le cas spécifique de la Wallonie, une réorientation vers plus de valeur ajoutée
- Le kit de survie
Vu la complexité des solutions à long terme et les réticences que beaucoup auront à revenir à plus de régulation (y compris au sein de ceux qui aujourd’hui manifestent), il faudra plusieurs mois voire plusieurs années avant d’aboutir à une solution.
Il est donc vital de trouver une solution à court terme (2 mois max) et ce « kit de survie » passe nécessairement par le rétablissement d’un prix correct du lait.
Les autres solutions à court terme : réduction des dépenses, crédit soudure, report d’échéance, allongement des délais de paiement des fournisseurs,…. ont toutes été déjà utilisées). En outre, il est illusoire d’imaginer que la réduction des quotas apporterait cette solution court terme (aucun impact n’est à attendre d’une telle mesure dans un délai de 2 mois – surtout en pleine saison !)
Si on veut que cette solution à court terme évite de retomber dans quelques années dans les mêmes travers, elle doit nécessairement être un précurseur simplifié de la solution à long terme évoquée ci-dessus.
Dans ce cadre, la piste du partenariat « producteur – consommateur » semble plausible et réalisable sur base de l’instauration d’une cotisation volontaire que le consommateur est libre d’accepter ou non.
Il est urgent de réunir sur le sujet les agriculteurs, les associations de consommateurs, la Fedis, les laiteries ainsi que les pouvoirs publics et parapublics concernés.
Les contacts et le travail doivent être entamés sans délai car, d’une part, la situation dramatique que vivent les exploitants laitiers réclame l’urgence et, d’autre part, le contexte de l’opinion publique est particulièrement favorable. Malgré des actions (blocage de route, opération escargot, manifestations avec débordement,…) qui ont généralement pour effet de crisper le grand public, celui-ci reste globalement très solidaire des producteurs laitiers.
Ce mouvement de solidarité doit être cultivé en soignant l’information vers le citoyen et en évitant de le pousser à bout par des blocages à répétition.
- L’édition 2009 de la Foire de Libramont: une pierre à l’édifice
Depuis 1926, la Société royale Le cheval de trait ardennais organise la Foire de Libramont. Cette PME très atypique oeuvre à la promotion du monde rural. Elle contribue largement à tisser du lien entre les producteurs et le consommateur, à mieux faire connaître le secteur et ses enjeux enfin à valoriser l’image des agriculteurs et des agricultrices.
Cette vitrine, cette caisse de résonnance du monde rural est unique en Europe: c’est un plus pour le secteur.
La recette du succès c’est énormément de travail et de rigueur mais c’est aussi une structure d’entreprise et un objet social qui permettent de redistribuer la totalité des gains au secteur.
Enfin, ce succès on le doit surtout à la confiance que nous font des dizaines de milliers de personnes (visiteurs, exposants, partenaires publics et privés, éleveurs,…).
Fidèles à nos valeurs fondamentales, conscients de l’urgence de la situation, nous avons décidé de proposer à nos clients (exposants – visiteurs) d’apporter une contribution volontaire à la sauvegarde de nos exploitations laitières
· en augmentant le prix de l’entrée de 1€
· en proposant aux exposants de verser un supplément de 2,5% sur la valeur de leur emplacement
· en demandant une contribution de 10 € aux invités VIP
Les fonds récoltés seront entièrement reversés aux agriculteurs laitiers (à travers la solution court terme qui devrait être mise en place ou toute autre formule négociée avec le secteur).
Si cette décision du Comité organisateur de la Foire atteste d’un engagement indéfectible aux côtés du monde agricole, elle est également un pari ambitieux et risqué. La réussite de ce choix nécessite un partenariat sans faille avec les agriculteurs. En effet, la PME “Foire de Libramont” doit aussi faire face aux réalités économiques d’un marché. Elle doit conserver cette fragile denrée qu’est la confiance de ses partenaires et de ses clients, elle a en outre la responsabilité de leur garantir sécurité et confort.
Dans les moments d’extrêmes difficultés, quand la détresse est à son comble il faut oser inventer, créer de nouvelles voies même si elles sortent totalement des usages, même si elles bousculent la norme, même si les pionniers sont pris pour des imbéciles par le plus grand nombre…..Car il faut espérer que d’ici quelques semaines, on puisse lire dans vos journaux que « Tout le monde pensait que c’était impossible. Quelques imbéciles ne le savaient pas ….. et ils le firent. » Nous voulons être ces imbéciles-là !...et être rejoints par de nombreux autres !